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Agis dans ton lieu, pense avec le monde
Edouard Glissant
Un projet artistique et culturel pour le Grand T,
scène conventionnée théâtre de la Loire-Atlantique
Catherine Blondeau, octobre 2011
Convention triennale 2012-2014
L’histoire du Grand T est celle d’un établissement en mouvement. De la création de la MCLA (Maison de la Culture de la Loire-Atlantique) à la naissance du Grand T, ce théâtre a changé et son public avec lui. Aujourd’hui, grâce au travail accompli par mes prédécesseurs, il fait partie du réseau national des Scènes Conventionnées théâtre, et il est reconnu par tous ses partenaires comme une scène de référence pour le théâtre dans l’ouest de la France (offre théâtrale de grande qualité, importance de la fréquentation et ambitieuse politique de formation des publics).
Proposer aujourd’hui un projet artistique et culturel pour le Grand T, c’est donc s’inscrire dans cette histoire en mouvement et engager l’équipe, les administrateurs de l’association et tous les partenaires vers une nouvelle étape de son histoire.
Cette nouvelle étape s’ouvre dans un contexte difficile : processus de mondialisation assorti de crises économiques et financières successives, redéfinition des contours et des compétences des collectivités territoriales, nécessité plus forte de légitimer la dépense publique, emprise des industries
culturelles de masse sur l’économie du secteur et forte concurrence dans l’offre artistique, changement des pratiques de spectateurs à l’ère du numérique. Dans le même temps, l’esthétique théâtrale s’est fortement renouvelée, et l’offre théâtrale s’est diversifiée.
Il s’agit, dans ce contexte « critique », d’affirmer la nécessité d’une présence forte du Grand T dans le paysage régional. C’est pourquoi je propose d’articuler mon projet artistique et culturel pour le Grand
T, que j’ai intitulé le « Grand théâtre du monde », autour de trois ambitions pour les trois prochaines années. J’évoquerai ensuite les conditions du succès et les nécessaires adaptations de l’outil « Grand
T » au nouveau projet.
1.
Dans la programmation, la dominante théâtre de l’activité du Grand T est affirmée, avec une
ouverture à toutes les formes actuelles de la création dramatique (répertoire et texte contemporain,
mais aussi théâtre non textuel et nouvelles esthétiques populaires). Les plateaux du Grand T
s’ouvrent à la création internationale en langue étrangère, notamment dans le cycle « théâtre des
humanités » conçu en partenariat avec le TU-Nantes. La danse reste présente avec l’accueil de
plusieurs spectacles de référence par saison. Concerts, rencontres littéraires, manifestations
autour du cinéma sont présentés occasionnellement dans le cadre de partenariats.
Une forte présence artistique des quatre compagnies associées (Wajdi Mouawad, Aurélien
Bory, Patrick Pineau, Opera Pagaï), irrigue les plateaux du Grand T, ceux des salles partenaires,
ainsi que toutes ses activités de formation des publics et des professionnels.
Une part plus importante des ressources du Grand T (finances et compétences administratives et
techniques) est consacrée à la coproduction de spectacles, ceux des artistes associés mais
aussi ceux des artistes régionaux. Cette activité permet au Grand T de s’inscrire visiblement
dans le réseau européen des théâtres coproducteurs de spectacles et d’accompagner les
compagnies régionales. En conséquence, une part un peu moins importante des ressources du
Grand T est consacrée à l’achat de spectacles en diffusion. Une baisse de 10% de la jauge
totale offerte à la vente est prévisible sans que les équilibres financiers de l’établissement soient
remis en cause.
Le Grand T est force de proposition pour les projets théâtre sur son territoire. Il travaille en réseau
avec de nombreux partenaires, à l’échelle de la Métropole, du Département et de la Région, soit
en position de pilote, soit en position de partenaires de projets initiés par d’autres. Au-delà de son
important réseau départemental (RIPLA), il entretient des relations privilégiées avec les scènes
nationales et conventionnées de la région Pays de la Loire, le CDN d’Angers et Angers-Nantes Opéra.
2.
La politique de tournée de spectacles théâtraux reste la base du réseau départemental de
programmateurs (RIPLA), qui est aussi un espace d’échanges, de réflexion et de formation. Mais les
modalités de collaboration entre les théâtres du réseau, le Grand T, et les communautés de
communes se diversifient :
Par la coréalisation de résidences d’artistes en création, qui permettent une présence artistique
prolongée et offrent la possibilité d’élaborer des projets plus ambitieux de formation du public,
Par la coréalisation de projets qui nécessitent une implication des habitants aux côtés des
artistes en résidence, et permettent de toucher autrement un public non initié,
Par l’invention conjointe de manifestations ponctuelles qui s’inspirent du potentiel d’un territoire
et le mettent en valeur,
Certains des projets évoqués ici peuvent s’inscrire dans la dynamique des Projets Culturels de
Territoire mis en place par les Communautés de communes avec le soutien du Département de la
Loire-Atlantique.
3.
Le premier niveau d’une politique des publics consiste à garantir aux habitants une offre
théâtrale de haut niveau qui participe de l’attractivité de ce territoire (voir près de chez soi les
grands spectacles de référence dès leur création, permettre des sorties familiales, satisfaire les
connaisseurs et les curieux). Cette politique de l’offre génère une importante fréquentation et
d’importantes recettes en billetterie (abonnements).
Mais un théâtre public doit aussi sans cesse renouveler, diversifier et former son public, afin
que ses activités, financées par la collectivité, bénéficient au plus grand nombre (redistribution).
Plusieurs stratégies peuvent être mises en place pour atteindre ce difficile objectif
Imaginer dans la programmation des rendez-vous construits d’une manière originale qui
touchent un public dont les pratiques ne passent pas forcément par l’abonnement.
Veiller à ce que la programmation fasse leur place à des artistes issus de la diversité
culturelle française, pour favoriser la fréquentation du théâtre par un public plus divers
Poursuivre et renouveler (avec l’éducation nationale et les partenaires institutionnels)
l’ambitieuse Ecole du spectateur mise en place par le Grand T depuis 10 ans, afin de former les spectateurs de demain. S’assurer de la transmission des savoir-faire en éducation artistique et culturelle dans le réseau départemental (subsidiarité) et de la formation de la relève des formateurs de référence
Poursuivre et renouveler les activités de formation et d’accompagnement des praticiens
amateurs, notamment en les intégrant aux démarches d’implication des habitants et de résidence d’artistes
Au-delà de la formation des animateurs sociaux-culturels, développer de nouveaux projets avec des partenaires du secteur social afin de faire découvrir le théâtre à des publics qui en sont très éloignés
Rendre matériellement accessible les spectacles aux handicapés, aux sourds, aux
aveugles, et développer une politique incitative en direction de ces spectateurs
Le Grand T, comme Pôle théâtre, assume aussi des missions de formation des
professionnels (enseignants, professionnels du spectacle, comédiens, stagiaires).
Il est représenté dans divers groupes de réflexion professionnelle à l’échelle nationale (sur la médiation, sur les projets de territoire)
Le « Grand théâtre du monde » propose donc de renouveler l’image du Grand T, d’un part en accentuant sa position de référence dans le domaine de la création théâtrale, d’autre part en diversifiant son activité et donc son public. Il s’agit à la fois de positionner le Grand T comme un établissement clé pour l’attractivité du territoire, mais aussi comme un opérateur du service public de la culture, un lieu culturel de proximité ouvert sur le monde, exigeant et populaire à la fois, remplissant ses missions dans le respect des grands référentiels internationaux qui régissent désormais les politiques publiques : Traité de l’Union (1991), Convention sur la diversité culturelle (UNESCO 2005)
et Agenda 21 pour le Développement durable et le vivre-ensemble (1992).