Ubu Roi

ALFRED JARRY MISE EN SCÈNE DECLAN DONNELLAN, CHEEK BY JOWL

Lorsque les masques tombent, le théâtre exulte

Nul n’imagine quelle crasse recouvre la moquette moelleuse de l’appartement de cette famille mielleuse. « Merdre ! » À travers le regard du fils adolescent, mèche au front et caméra au poing, les bassesses ne tardent pas à faire surface et les faces lissées à se fissurer. Surgit alors l’énergie primitive et grotesque de l’oeuvre de Jarry : Père et Mère Ubu prennent place, perfides et assoiffés de pouvoir. Mots élucubrés et couteaux acérés deviennent les armes d’une farce ridicule. Traquant sous nos masques d’êtres civilisés nos désirs refoulés, Declan Donnellan fait exploser les conventions avec délectation. Celui qui présentait Dommage qu’elle soit une putain de John Ford en décembre 2012 au Grand T, revient cette fois accompagné d’une troupe de comédiens français avec une relecture inventive et intrépide d’Ubu Roi. Un délice.