Deuil national

En ces jours de deuil national, Le Grand T, en accord avec les équipes artistiques, a décidé de fermer ses portes et d’annuler les représentations de Lucrèce Borgia et de Josette qui devaient jouer samedi 14 et dimanche 15 novembre dans ses salles. Il nous a semblé nécessaire de respecter l’immense tristesse qui s’est emparée du pays et de prendre le temps du recueillement avec les familles des victimes des attentats parisiens.

Mais nous ne céderons pas à la terreur que veulent nous imposer les assassins. Dès mardi, notre théâtre sera debout, plus que jamais le lieu d’une humanité multiple et partageuse, telle qu’elle s’est incarnée sur notre plateau ces dix derniers jours dans la magnifique mise en scène de Lucrèce Borgia que nous a offerte David Bobée.

Dans les théâtres et en dehors, nous sommes un peuple. Cet amalgame d’histoires, de cultures, de routes, de croyances, de couleurs de peau, d’imaginaires, de bonheurs et de misères, qui mis ensemble dans une époque tissent un peuple. Nous sommes faits pour vivre ensemble et il ne peut en être autrement. Nous ne croyons pas ceux qui nous disent le contraire et nous ne les laisserons pas nous détourner de cette communauté de destin qui est la nôtre.

 

David Bobée, metteur en scène de Lucrèce Borgia :

« Mesdames, Messieurs,

En ces jours de deuil national, le Grand T et l’équipe de Lucrèce Borgia ont décidé l’annulation [les 14 et 15 décembre] du spectacle Lucrèce Borgia.

Ce jour sera consacré au recueillement de chacun et nous permettra sans doute de reprendre nos esprits face à l’impensable, de retrouver la force de nous redresser suite à la violence extrême qui s’est abattue sur nous hier soir.

Ils ont réussi à nous blesser mais nous nous répareront et plus fort que jamais, unis comme un seul homme, comme nation ; nous ne cèderons ni à la peur, ni à la haine, ni aux amalgames.

À la violence nous répondrons avec intelligence et détermination.

À l’intimidation nous répondrons avec courage.

À la méfiance des uns contre les autres nous dirons unité.

À ceux qui voudraient nous voir brisés, nous leur dirons : Nous sommes debout.

Lucrèce Borgia disait pourtant une belle humanité et nous étions si fiers de porter les mots de Victor Hugo, lui qui s’est tant battu en son temps, pour la liberté des peuples et contre toute forme de barbarie.

Nous étions, équipe de Lurèce, chaque jours en fête devant l’accueil que le public nantais a réservé à ce spectacle. Nous nous tenions, en grande amitié avec les équipes du grand T, dans la joie de la rencontre et du partage.

Le spectacle raconte également la fraternité d’un groupe d’acteurs de diverses origines, d’accents métissés de différentes nationalités, de plusieurs couleurs ; d’âges, d’histoires et de cultures multiples, de plusieurs confessions réunies. Un groupe d’artistes à l’image de la population métissée que nous aimons, dans ce pays qui est le nôtre.

Aux musulmans de France qui se tienne dans une compréhensible inquiétude nous affirmons que nous ne sommes pas, contrairement à ces tueurs, des idiots, et que nous savons que leur haine n’a rien à voir avec votre religion.

            Ne tuez pas la personne humaine, car Allah l’a déclarée sacrée . (Coran, VI, 151.)

Nous sommes un peuple indivisible, fort de sa belle diversité. Nous devons désormais, et plus que jamais, nous aimer, nous protéger.

 Et suivre la prescription du docteur dans Platonov de Tchekhov :

 -       Que faire Nicolaï ?

-       Enterrer les morts et réparer les vivants. »