La Double Inconstance (ou presque)

Marivaux Adaptation et mise en scène Jean-Michel Rabeux

Arlequin aime Sylvia qui est aimée du Prince, qui veut être aimé en retour. Bref, ça badine et ça, c’est bien du Marivaux. Mais Jean-Michel Rabeux exacerbe le travestissement, attise l’érotisme et met l’accent sur la violence politique à l’oeuvre dans le marivaudage. Séduction ou domination ? La comédie des coeurs marche à la manière d’un trompe-l’oeil.

Sylvia et Arlequin sont deux valets amoureux que les gens de cour jouent à séparer. Charmé par Flaminia, le coeur d’Arlequin tangue tandis que Sylvia se laisse courtiser par le Prince déguisé. Orgueil et séduction, volatilité du désir et inconstance des sentiments : la pièce à succès de Marivaux sonde le coeur et ses déraisons, autant que les mécanismes de la manipulation. Inspiré par la lecture de Sade, le metteur en scène Jean-Michel Rabeux donne une lecture radicale de Marivaux : il décortique les ressorts secrets du désir, plonge sans complaisance dans la métaphysique des coeurs et met à nu la critique sociale sous-jacente dans la pièce. Vérité des corps, décor en trompe-l’oeil, tutu sexy et perruque peroxydée : le grotesque et l’érotisme rappellent que le marivaudage doit beaucoup aux délices de la cruauté.