Le Faiseur

HONORÉ DE BALZAC MISE EN SCÈNE EMMANUEL DEMARCY-MOTA

Comment s’acquitter de ses dettes sans les payer ? Mercadet, en maître-escroc, joue les virtuoses de l’esquive et mystifie toute la société. L’excellente troupe du Théâtre de la Ville fait vivre sous nos yeux l’impayable comédie humaine imaginée par Balzac, dont le théâtre, rare et peu joué, résonne curieusement avec notre actualité.

En 1851, Balzac l’endetté dénonce une modernité qui dématérialise l’or et virtualise la richesse. Mercadet fait des dettes. Ce qu’il veut, c’est se débarrasser des échéances et conserver ses créanciers. Pour qu’ils pensent encore à lui. Il est prêt à tout pour s’enrichir : marier sa fille contre son gré, provoquer la faillite d’une entreprise, s’inventer un associé. Un certain Godeau d’ailleurs, qu’on attend encore. Tout ça est superbement cynique. Mots, mensonges et chiffres suivent les fluctuations du marché tandis que les corps oscillent selon les cours de la bourse et manquent de chuter dans les trappes d’un plateau à bascule. Le Grand T n’avait pas accueilli Emmanuel Demarcy-Mota et ses acteurs depuis Rhinocéros en 2011. Sur les airs argentés de Bowie, Pink Floyd ou Abba, leur drame bourgeois est un cabaret rock joyeux et loufoque.