Les Pieds tanqués

Quand les mémoires s'entrechoquent

TEXTE ET MISE EN SCÈNE PHILIPPE CHUYEN | ARTSCÉNICUM THÉÂTRE

Un boulodrome comme terrain de jeu ? Sur un air de Provence, quatre gaillards et leur accordéoniste tirent, parlent et pointent ce qui les relie : la Guerre d’Algérie. Accent chantant et pieds ancrés, galéjades et vérités. Se joue ici avec simplicité ce fameux « vivre ensemble ». Une partie d’Histoire à voir en tournée entre Ancenis et Saint-Lyphard.

Il y a Zé, un rapatrié d’Algérie qui y a tout laissé, Yaya un français neveu de Harki et fils d’un résistant du FLN, Loule un provençal de souche et M. Blanc, un parisien fraîchement débarqué dont le père a servi les dernières revendications coloniales de la France. Et puis assis sur le banc, cet accordéoniste, qui l’air de rien fait la chanson. Tous sont liés de près ou de loin à la décolonisation, ce basculement historique dont les répercussions agitent le début de notre XXIe siècle. Sur ce terrain improbable mais propice, la parole intime et la mémoire collective se concentrent. Pour panser les cicatrices des déracinés, les identités meurtries, les rancœurs, pour lancer les pardons et l’enracinement possible. Avec l’ardente langue du jeu à pés tanqués (à pétanque), avec le rire et les boules, cette partie touche en treize points son but: raconter notre Histoire.