Réparer les vivants

D’APRÈS LE ROMAN DE MAYLIS DE KERANGAL ADAPTATION, JEU ET MISE EN SCÈNE EMMANUEL NOBLET

C’est un choc, unanime. En 2014 le roman de Maylis de Kerangal bouleverse lecteurs et critiques. Dans son sillage, Emmanuel Noblet porte le roman au théâtre et séduit, seul en scène, le public du Off au Festival d’Avignon 2015. Sur le sujet crucial qu’est le don d’organe, ce récit de vie se transmet de cœur à cœur. Un poème d’un souffle vital.

Il entre en scène comme on entre dans le roman, sur la vague que Simon prend. Et surfe. Un temps suspendu avant le surgissement de la mort, qui emporte le jeune homme de 19 ans, et d’un même élan transporte son cœur jusqu’au corps de Claire, 50 ans, qui l’attend. Une chaîne solidaire, dans l’urgence. En prise avec le drame de vivre, que faire? « Enterrer les morts et réparer les vivants » concluait Anton Tchekhov dans Platonov. Entre décision intime et question sociétale, la transplantation cardiaque relève de l’altruisme, de la chirurgie, de la métaphysique et de la foi aussi. Emmanuel Noblet incarne avec sobriété le fracas d’émotions contraires qui submergent l’entourage du très jeune mort. Et fait entendre les voix des parents, amis et infirmiers en un chœur fragile. Cette houle humaine est un déferlement de vie.